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3 juin 2020 à 17 h 25 min

Même s’ils sont les plus connus et les plus intéressants, les extraits fermentés (plus communément appelés purins) ne sont pas les seuls modes de préparation à disposition des jardiniers.
Infusions, macérations et décoctions présentent également des intérêts, notamment le fait d’être moins longs à préparer et de permettre ainsi d’agir rapidement en cas d’urgence (attaque de ravageurs).
Grande ortie (Urtica dioica L.)

Quelques grandes règles à respecter pour un résultat optimum:
- Privilégier l’eau de pluie (ou celle du puits si elle n’est pas chargée en nitrates).
En cas d’utilisation de l’eau du réseau, laisser-la préalablement dans un seau à l’air libre pendant 2 à 4 jours (en fonction de la quantité de chlore), en la brassant plusieurs fois ;
– Les grandes quantités d’extraits sont plus faciles à réussir que les petites : faire une fois 10 litres d’extraits fermentés plutôt 5 fois 2 litres ;
– Pour éviter les pertes de produits en cas de pulvérisation, ajouter un agent mouillant : 2 à 3 cuillères à soupe d’argile verte ou 100 grammes de savon noir pour 10 litres d’eau. Ne pas pulvériser en cas de pluie annoncée ou par trop forte chaleur ;
– Les résidus des préparations sont les bienvenus dans le compost ;
– Bien respecter les dosages : les préparations (notamment les extraits fermentés) sont 100 % bio mais ne sont pas pour autant sans effet. Une mauvaise utilisation (dosage) peut être catastrophique !

Achillée millefeuille (Achillea millefolium)

Les principaux intérêts des extraits de plantes (liste non exhaustive):
- Ils sont économiques : matériel de base simple, matières premières (eau et plantes)
gratuites ;
– Ils sont amusants à préparer : le côté « petite cuisine » plaît notamment beaucoup aux enfants (apprentis sorciers) ;
– Ils constituent un bon moyen pour s’initier à la botanique et permettent de « réapprendre » la tolérance vis-à-vis des plantes spontanées (ortie, pissenlit, achillée…) ;
– Leur utilisation est sans danger (pas besoin de se déguiser en cosmonaute…) ;
– Ils respectent la biodiversité du jardin (« -fuges » plutôt que « -cides ») et sont 100 % biodégradables : ils ne laissent aucuns résidus dans le sol ou sur les légumes et les fruits (pas d’appréhension à manger légumes ou fruits directement sur l’arbre ou au jardin) ;
– Ils ne matraquent pas les plantes : le but est de renforcer les plantes tout en contrôlant l’ennemi (par exemple, les préparations bio-stimulantes vont provoquer chez les plantes une réaction de renforcement de leurs défenses naturelles : effet éliciteur)…
Tanaisie commune (Tanacetum vulgare)

Les extraits fermentés (ou purins)

L’intérêt des extraits fermentés par rapport aux autres types de préparations est qu’ils combinent l’action des composants des plantes avec celle des bactéries ; ils agissent également selon plusieurs modes d’action : stimulation, renforcement des défenses, action répulsive…

Absinthe (Artemisia absinthium L.)

Compter environ 1 kg de plante fraîche pour 10 litres d’eau.
Dans un récipient non métallique (plus haut que large, d’une contenance de 15 litres minimum pour préparer 10 litres de purin), mélanger les orties fraichement coupées (au sécateur ou à la cisaille) et l’eau (une poubelle en plastique convient très bien). Couvrez le récipient non hermétiquement.
Brasser chaque jour le mélange pendant plusieurs minutes avec un bâton pour contrôler la fermentation. Des petites bulles se forment et remontent à la surface, signe que la fermentation est en cours.
Lorsqu’il n’y a plus de bulles de fermentation lors du brassage (au bout de 8 à 12 jours en général, en fonction de la température), la fermentation est terminée.
Filtrer le plus rapidement possible avec une passoire pour enlever, dans un premier temps, les éléments les plus grossiers. Faire une deuxième filtration en équipant la passoire d’un tissu pour enlever les éléments fins. La filtration est indispensable pour éviter une double fermentation au cours du stockage.
Stocké à t° ambiante et à l’abri de la lumière (récipient opaque et hermétique type Cubitainer à vin) le purin se conserve plusieurs mois.
Si rien n’empêche de mélanger différents extraits fermentés lors de leur utilisation (par exemple extraits fermentés d’ortie et de prêle aux propriétés complémentaires), il ne faut jamais préparer un extrait fermenté en mélangeant différentes plantes (vitesses de fermentation différentes, risques d’interactions lors de la fermentation…).
Les plantes et le purin non utilisés peuvent être mis au compost.
Une petite astuce pour réduire (un peu) les mauvaises odeurs : ajouter une poignée de feuilles de sauge au mélange au bout du 4ème ou 5ème jour de fermentation.

La recette présentée est la recette « classique », dans laquelle la fermentation se fait en présence d’air (conditions aérobies). Une autre méthode, initiée par Eric Petiot, consiste à fermer hermétiquement le récipient (conditions anaérobies).
Pour plus d’information sur cette « nouvelle » technique, consulter le site « Mon potager plaisir » (https://monpotagerplaisir.com/). Un petit film (« La VRAIE recette du purin d’ortie ») vous la présente dans le détail. Il est accompagné d’une interview d’Eric Petiot (en deux parties), dans laquelle il explique dans le détail les stratégies de défense des plantes face aux agressions.

Les infusions

Une infusion consiste à plonger des végétaux (préalablement hachés pour faciliter l’extraction des substances actives) dans de l’eau froide, de les porter à ébullition (sous couvert pour éviter que les composants volatils ne s’échappent avec la vapeur d’eau). Arrêter l’ébullition dès que l’eau frémit et laisser infuser jusqu’à refroidissement (sans enlever le couvercle) avant de filtrer.
Mélisse officinale (Melissa officinalis)

Les infusions doivent être utilisées dans les 48h00 (au-delà la préparation entre en fermentation). Elles sont surtout recommandées pour leurs actions insecticides.

Les décoctions
Une décoction consiste à plonger des végétaux (préalablement hachés pour faciliter l’extraction des substances actives) dans de l’eau froide, de les laisser tremper pendant 24 heures (t° ambiante) et de les porter à ébullition (sous couvert pour éviter que les composants volatils ne s’échappent avec la vapeur d’eau) pendant 20 à 30 minutes à petit bouillon. Laisser refroidir sans enlever le couvercle et filtrer.

Sureau noir (Sambucus nigra)

Les décoctions conviennent aux plantes ou parties de plantes ligneuses, coriaces et dures (prêle, absinthe, sauge, racine d’ortie…). Elles permettent d’extraire certains composants (thuyone de l’absinthe…) difficilement extractables par les autres types de préparation..
Les décoctions sont surtout recommandées à titre préventif.
A utiliser dans les 2 jours (au-delà la préparation entre en fermentation).

Les macérations (ou extraits à l’eau froide)
Une macération consiste à laisser tremper des végétaux (préalablement hachés pour faciliter l’extraction des substances actives) dans de l’eau froide à t° ambiante pendant 24h00

Rhubarbe des jardins (Rheum rhabarbarum)

L’intérêt principal des macérations réside dans la grande économie de moyen, sa rapidité et sa facilité d’utilisation (pas de dilution). Elle est surtout utilisée en dépannage ou pour un petit jardin (ou un balcon).
A utiliser pur en pulvérisation après filtration rapidement (les macérations entrent en fermentation très rapidement).
Les macérations ont essentiellement des propriétés fongicides (lutte contre les maladies liées aux champignons : oïdium, mildiou…). Certaines offrent des propriétés stimulantes. Leur action est douce.

Décoction : faire tremper les plantes pendant 24h00 à t° ambiante. Chauffer et laisser bouillir en couvrant pendant 20 à 30 mn. Filtrer et utiliser dans les 2 jours maximum.

Extrait fermenté (purin) : faire tremper les plantes et brasser tous les jours tant que des petites bulles se forment au brassage. Filtrer rapidement avant stockage à l’abri de la lumière.

Infusion : plonger les plantes dans l’eau froide puis faire bouillir en couvrant. Arrêter l’ébullition dès que l’eau frémit et laisser refroidir. Utiliser rapidement (stockage au réfrigérateur pendant quelques jours).

Macération (extrait à froid) : laisser tremper les plantes dans l’eau à t° ambiante pendant 24h00. A utiliser tout de suite (ne pas stoker).

3 juin 2020 à 17 h 42 min

Petite histoire (synthétique) de la Guerre de l’ortie Septembre 2002 :

Le purin d’ortie est déclaré illicite et donc interdit à la vente
Un courrier de la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) du Maine et Loire est adressé à un petit producteur/vendeur d’extraits végétaux.
Ce courrier lui interdit notamment de vendre du purin d’orties, au motif que ce produit est non conforme : « produit non normalisé ni homologué » (coût de l’homologation : de 20 000 à 100 000 €).
Le collectif « Ortie & Compagnie » (regroupant ONG, professionnels, distributeurs…) qui se met alors en place met en avant la nécessité de prendre en compte la spécificité des « Alternatives Naturelles aux Pesticides » (produits utilisés par les jardiniers de façon séculaire).

Janvier 2006 : La Loi d’Orientation Agricole (LOA) sanctionne la détention, la vente, le don ou la diffusion de la recette d’un produit non homologué (dont le purin d’orties)
Les peines infligées peuvent aller jusqu’à 2 ans de prison ferme et 75 000 euros d’amende.

Décembre 2006 : L’amendement “Purin d’Ortie”
Dans le cadre de la Loi sur l’Eau est voté un amendement, dit du “purin d’Ortie”, amendement qui sort du cadre de la LOA les purins, qui prennent alors l’appellation de  »Préparations Naturelles Peu Préoccupantes » (PNPP). Si cet amendement constitue une avancée, il n’apporte pas pour autant une solution satisfaisante (il n’y a notamment pas de définition ni de règles d’attribution d’AMM simplifiée).

Juillet 2014 : Le Grenelle de l’Environnement
L’amendement PNPP classe les préparations naturelles qui ne revendiquent aucune action phytopharmaceutique en produits “biostimulants”, les excluant ainsi de la catégorie des pesticides, dans laquelle ils étaient jusque-là catalogués.
L’article L253-1 du Code rural précise d’autre part qu’une « préparation naturelle peu préoccupante est composée exclusivement, soit de substances de base, soit de substances naturelles à usage biostimulant (SNUB). Elle est obtenue par un procédé accessible à tout utilisateur final ».
Si les substances naturelles à usage biostimulant sont autorisées selon une procédure et une évaluation simplifiées, la liste des SNUB n’inclue que les plantes médicinales vendues librement (148 plantes dites « libérées »).

2017 : Le retour de la guerre de l’ortie
Dans certains départements les DGCRF ont demandé le retrait des rayons de jardineries des préparations à base de plantes et de savon noir, en s’appuyant sur une note de la DGCCRF Paris stipulant que les PNPP « doivent être composées exclusivement de substances de base ». Selon cette note, dans laquelle il manque une partie du texte de loi cité en référence (article L253-1 du Code rural), les préparations qui associent d’autres produits (conservateurs ou synergistes) ne font pas partie des PNPP.
Septembre 2018 : Les PNPP passent à la trappe
La loi Agriculture et Alimentation (EGAlim) ne fait pas mention des PNPP, bien qu’une quarantaine de députés ait demandé, lors du vote de la loi, le libre usage des substances naturelles issues de plantes,
comme alternative aux pesticides en agriculture.
Plus d’information sur le site : https://www.aspro-pnpp.org

#cafecompost2020

  • Cette réponse a été modifiée le il y a 4 mois et 3 semaines par  Céline.

3 juin 2020 à 17 h 50 min

Article rédigé par Denis Hertz, du CPIE Haute-Auvergne

https://www.cpie15.com/

4 juin 2020 à 9 h 46 min

  • Cette réponse a été modifiée le il y a 4 mois et 3 semaines par  Céline.
  • Cette réponse a été modifiée le il y a 4 mois et 3 semaines par  Céline.

4 juin 2020 à 9 h 48 min

  • Cette réponse a été modifiée le il y a 4 mois et 3 semaines par  Céline.

10 juin 2020 à 18 h 08 min

Pour échanger autour de cette pratique, RDV jeudi le 11 juin à 17h30 par téléphone avec Denis Hertz du CPIE de Haute-Auvergne.
Composez le 09 72 12 34 56, puis le 545092# (appel gratuit).